Article #4

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Le prix de l'électricité en Suisse dépend du gaz - Pourquoi ?

Barrages, nucléaire, marché européen : le paradoxe helvétique décrypté.

L'été dernier, votre facture d'électricité a (légèrement) baissé.

Selon l'ElCom, le tarif global pour un ménage suisse consommant 4 500 kWh par an s'établit à environ 27,7 ct./kWh en 2026, soit 1,3 centime de moins qu'en 2025. De quoi souffler. Mais voici la question que beaucoup de chefs d'entreprise et de propriétaires se posent en ce moment, avec les tensions au Moyen-Orient et la volatilité persistante des marchés énergétiques : pourquoi le prix de l'électricité suisse devrait-il changer quoi que ce soit à ce qui se passe en Iran ou sur les marchés du gaz, alors que nos barrages et nos centrales nucléaires ne brûlent pas une goutte de pétrole ?

La réponse est à la fois simple et contre-intuitive. Elle tient en trois mots : le prix marginal.

Le pétrole, le gaz, l'électricité : une chaîne de transmission

Pourquoi le gaz suit le pétrole ?

La raison principale est contractuelle. Historiquement, comme l'expliquent Maxime Claval (CEO et Fondateur d'Enercool) et Benjamin Inglesant (Chef de projet commercial chez Akajoule) dans leur analyse « Pourquoi le prix de l'électricité dépend-il du gaz ? », Substack Enercool du 26 mars dernier, le marché du gaz naturel n'était pas assez liquide pour avoir ses propres prix de référence fiables. Les producteurs et les acheteurs ont donc pris l'habitude de signer des contrats à long terme indexés sur le prix du pétrole ou d'un panier de produits pétroliers. Si le brut augmente, la formule du contrat fait mécaniquement monter le gaz avec un décalage de quelques mois.

À cela s'ajoutent deux facteurs amplificateurs. D'abord, le transport du gaz naturel liquéfié (GNL) par méthaniers consomme de l'énergie — souvent du gaz d'évaporation lui-même — dont le coût croît avec celui du pétrole. Ensuite, le pétrole et le gaz réagissent aux mêmes facteurs géopolitiques : une crise au Moyen-Orient menace l'approvisionnement des deux ressources simultanément.

Résultat : même si le TTF (la bourse européenne du gaz) dispose aujourd'hui de ses propres mécanismes de prix, les marchés du gaz et du pétrole restent fortement corrélés.

Évolution du prix mensuel du Brent EUR et du spot NBP EUR_2007-2025
Évolution mensuelle du prix du pétrole Brent (EUR) et du gaz naturel NBP (EUR/MWh) de janvier 2007 à décembre 2025.
Pourquoi le gaz fait la loi sur le marché de l'électricité ?

Ici intervient le mécanisme clé, décrit avec précision par Claval et Inglesant : le Merit Order, ou ordre de préséance des centrales.

Le marché SPOT européen — auquel la Suisse est intégrée via EPEX SPOT — ne vend pas l'électricité au coût moyen de production. Il applique le coût marginal de la dernière centrale appelée pour boucler la demande à chaque quart d'heure de la journée.

Concrètement, le gestionnaire du réseau appelle les centrales dans cet ordre :

  • Éolien et solaire en premier (coût marginal ≈ 0 CHF)
  • Hydraulique et nucléaire ensuite (coût marginal faible)
  • Centrales à gaz en dernier recours, lors des pics de consommation ou en hiver quand les barrages sont bas.

La règle d'or : c'est le prix de la DERNIÈRE centrale appelée qui devient le prix de marché pour TOUS les producteurs, y compris ceux qui ont produit pour 0 CHF.

Imaginez que vous achetez 100 pommes. 80 coûtent 1 CHF et les 20 dernières (les plus rares) coûtent 5 CHF. Sur le marché de l'électricité, vous paierez les 100 pommes à 5 CHF. C'est la logique qui explique qu'un conflit en Iran, en faisant flamber le gaz, fait mécaniquement monter le prix de gros de l'électricité — même en Suisse.

Merit-Order-Graphique-2022-02-24
1 – La demande en électricité (en GW), détermine la capacité de production électrique nécessaire, et donc la dernière centrale à appeler. 2 – Les coûts variables de cette dernière centrale à appeler vont fortement influencer le prix de marché. 3 – Le prix de marché s’établit de manière à couvrir les coûts variables de la dernière centrale. 4 – Les moyens de production appelés avant, ayant des coûts variables plus faibles, couvrent leurs coûts fixes et dégagent éventuellement une marge.

Le paradoxe suisse : propre mais pas isolé

Un mix exemplaire… sur le papier

La Suisse possède l'un des mix électriques les plus décarbonés du monde. En 2024, selon l'Association des entreprises électriques suisses (AES), les 1'300 installations hydroélectriques ont produit environ 48,3 TWh, et les quatre centrales nucléaires (Beznau et ses deux réacteurs, Gösgen et Leibstadt) ont produit environ 23 TWh supplémentaires. Le thermique fossile ? À peine 2 % de la production nationale.

Production d'électricité en Suisse_2025
Source : LowCarbonPower (www.lowcarbonpower.org)

Avec 20 grammes d'équivalent CO₂ par kilowattheure, ce mix se compare favorablement à la moyenne européenne (environ 460 g/kWh). On pourrait donc imaginer que la Suisse est à l'abri des soubresauts des marchés du gaz.

Ce serait une erreur.

La Suisse est intégrée au marché européen

La Confédération achète et vend de l'électricité sur EPEX SPOT, la bourse européenne. Elle est exportatrice nette en été — quand les barrages sont pleins — et importatrice nette en hiver — quand la demande de chauffage augmente et la production hydraulique baisse.

Cette dépendance hivernale est structurelle. En hiver, les centrales nucléaires couvrent parfois jusqu'à la moitié de la production helvétique, mais cela ne suffit pas : la Suisse doit régulièrement importer. Et cette électricité importée est produite en grande partie par des centrales à gaz européennes.

Conséquence : même si la Suisse ne brûle presque pas de gaz pour produire son électricité, le prix qu'elle paie sur le marché de gros est dicté par les centrales à gaz qui servent de centrales de réserve à l'échelle continentale. La logique du Merit Order ne connaît pas les frontières.

La preuve par la crise : 2022–2023

La crise énergétique de 2022–2023 en a apporté la démonstration douloureuse. La guerre en Ukraine a fait exploser les prix du gaz. Les centrales à gaz européennes ont été appelées en masse pour compenser l'intermittence du renouvelable et compenser les pannes du nucléaire français. Résultat : le prix SPOT a grimpé à des niveaux inédits.

Les tarifs suisses ont suivi, de façon décalée, car de nombreux fournisseurs locaux avaient acheté leur électricité sur le marché à terme en 2022–2023 à des prix élevés. C'est précisément pourquoi la facture médiane est passée de 21 ct./kWh en 2022 à près de 29 ct./kWh en 2025, avant de redescendre légèrement à 27,7 ct./kWh en 2026 selon l'ElCom.

Prix de l'électricité en Suisse_2020-2026
Tarif ElCom : valeur médiane nationale, ménage type 4 500 kWh/an (profil H4), approvisionnement de base, hors TVA. Le tarif est annuel (fixe au 1er janvier). Prix spot EPEX : moyenne mensuelle du marché day-ahead Suisse en EUR/MWh.

Le graphique ci-dessus présente deux lectures complémentaires, toutes deux sourcées :

    1. Tarif réglementé ElCom (en bleu, échelle gauche, ct./kWh) — valeurs médianes officielles pour un ménage type 4 500 kWh/an (profil H4) :

Année                 Tarif médian/kWh

2020 - 2022       21,0 ct.

2023                    27,2 ct. (+30 %)

2024                    32,14 ct. (+18%)

2025                    29,0 ct. (−10 %)

2026                    27,7 ct. (−4 %)

2. Prix spot EPEX Suisse (en orange tirets, échelle droite, EUR/MWh) — le marché de gros, qui anticipe et précède les tarifs réglementés avec un décalage d'environ 12–18 mois.

Ce que la Suisse peut - et ne peut pas - faire

Un marché encore semi-régulé

La Suisse n'a pas achevé la libéralisation de son marché électrique. Depuis 2009 et la LApEl (Loi sur l'approvisionnement en électricité), seuls les grands consommateurs dépassant 100 000 kWh/an par site peuvent choisir librement leur fournisseur sur le marché libre. Ménages et PME restent sous approvisionnement de base, avec des tarifs fixés chaque année par quelque 590 gestionnaires de réseau locaux, contrôlés par l'ElCom.

Cette dualité est une protection pour les petits consommateurs. Mais elle n'immunise pas contre le prix de marché : le tarif de l'énergie — l'une des trois composantes de la facture avec le tarif réseau et les taxes — est directement influencé par les prix auxquels les gestionnaires achètent l'électricité sur le marché européen.

La libéralisation complète du marché, conditionnée à la conclusion d'un accord électrique avec l'UE, reste un chantier ouvert. En mai 2025, le Conseil fédéral a précisé les contours de sa mise en œuvre : les ménages et petites entreprises consommant moins de 50 MWh/an pourraient choisir entre l'approvisionnement de base et le marché libre, avec des mesures de protection maintenues.

Les outils dont dispose la Suisse

Contrairement à la France, qui dispose du VNU (Versement Nucléaire Universel) depuis janvier 2026 — mécanisme permettant à l'État de prélever les rentes excédentaires de la production nucléaire EDF pour les redistribuer aux consommateurs —, la Suisse ne dispose pas d'un équivalent direct.

Le principal outil de soutien helvétique reste le système KEV/SER (Rétribution de l'injection / Système de rétribution à prix coûtant), qui garantit un prix minimum aux producteurs d'énergies renouvelables et est financé par le supplément réseau payé par tous les consommateurs.

Pour les grands consommateurs sur le marché libre, les Power Purchase Agreements (PPA) — contrats de long terme directement conclus avec un producteur à prix fixe — constituent une protection efficace contre la volatilité du marché SPOT. Ce type de contrat existe en Suisse, sans toutefois bénéficier d'un fonds de garantie fédéral comparable au dispositif français.

Votre contrat vous protège… jusqu'au renouvellement

Bonne nouvelle pour les entreprises et les propriétaires qui ont signé un contrat à prix fixe : le prix de l'électricité ne change pas du jour au lendemain. Que vous soyez sous approvisionnement de base (tarif réglementé) ou sur le marché libre avec un contrat fixe, votre fournisseur ne peut pas modifier vos conditions avant l'échéance.

La mauvaise nouvelle : c'est au renouvellement que le marché vous rattrape. Si les tensions géopolitiques persistent, les offres à prix fixe pour 2027–2028 pourraient intégrer des primes de risque significatives. L'anticipation du renouvellement est une des clés pour éviter les mauvaises surprises.

La seule stratégie durable : réduire ce que vous consommez !

Face à cette dépendance structurelle au dernier électron marginal produit en Europe, la meilleure couverture reste la réduction de la consommation elle-même.

Chaque kilowattheure que vous n'avez pas besoin d'acheter est un kilowattheure que vous n'achetez pas au prix fort lors du prochain renouvellement. Et contrairement aux contrats de couverture ou aux PPA, la sobriété énergétique est 100 % sous votre contrôle.

Concrètement, cela passe par :

  1. Réduire les consommations structurelles : isolation thermique, remplacement des équipements énergivores, optimisation des systèmes de chauffage et de climatisation.
  2. Éviter d'ajouter des charges invisibles : chaque nouvel équipement énergivore — un climatiseur, une pompe à chaleur mal dimensionnée — augmente votre exposition à la prochaine vague de prix.
  3. Agir sur l'enveloppe du bâtiment : en réduisant les gains thermiques en été, notamment via des toitures et façades réfléchissantes, vous diminuez directement le recours à la climatisation et à d'autres systèmes de ventilation énergivore — et donc votre consommation aux heures de pointe, précisément celles où le prix marginal est le plus élevé.

C'est justement l'objet des traitements thermo réfléchissants que nous proposons chez THERM'Reflectis : réduire les apports solaires en toiture et façades pour limiter la surchauffe estivale, baisser les besoins en climatisation et alléger la facture énergétique, augmenter la capacité de production des PV grâce à l'effet albédo dégagé par ses revêtements — indépendamment de ce que décide l'ElCom ou ce qui se passe à Téhéran.

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Une surface traitée (toiture et/ou façade), trois bénéfices immédiats : moins de chaleur subie · plus de confort intérieur · une facture énergétique allégée — quel que soit le prix du kWh !

En résumé

Le conflit en Iran — comme la guerre en Ukraine avant lui — nous rappelle que la souveraineté énergétique de la Suisse reste incomplète. Notre mix hydraulique et nucléaire est une richesse réelle, mais le couplage au marché européen de l'électricité signifie que nos tarifs restent exposés aux soubresauts du gaz mondial.

La stabilité ne viendra pas des marchés. Elle viendra de la capacité des entreprises et des propriétaires à consommer moins — et mieux.

 

Sources :

Maxime Claval (Enercool) & Benjamin Inglesant (Akajoule), « Pourquoi le prix de l'électricité dépend-il du gaz ? », Substack Enercool, 26 mars 2026.

ElCom (Commission fédérale de l'électricité) — Tarifs d'électricité 2026. www.elcom.admin.ch

AES (Association des entreprises électriques suisses) — Production et mix électrique 2024. www.strom.ch

Forum nucléaire suisse — Le mix électrique suisse. www.nuklearforum.ch

RTS Info — Baisse des prix de l'électricité en 2026. 9 septembre 2025. www.rts.ch

Romande Energie — Comprendre le marché libéralisé de l'électricité (Livre blanc). www.romande-energie.ch

Conseil fédéral / RTS — Mesures de protection dans le cadre de la libéralisation du marché (accord Suisse-UE). 14 mai 2025.

OFEN / energie-environnement.ch — Mix électrique et mix énergétique suisse.

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